Le 10 avril 2026, alors que le Liban traverse une nouvelle période de violence et de bombardements, le pianiste Frank Braley – Premier Grand Prix et Prix du Public du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique (1991) – publie une lettre ouverte en soutien au Concerto libanais de Dominique Salloum. Un texte rare dans le monde musical : direct, engagé et sans précaution de langage. Frank Braley ne commente pas simplement l’œuvre, il prend position pour elle et s’engage à la jouer, en France, ailleurs, et si possible à Baalbek.
La lettre ouverte de Frank Braley
Lettre ouverte – Pour le Liban – À qui de droit.
Je, soussigné Frank Braley, né le 4 octobre 1968 à Corbeil-Essonne, pianiste français, Premier Grand Prix et Prix du Public du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique (1991), souhaite exprimer ce qui suit :
J’ai récemment découvert le « Concerto libanais » de mon ami compositeur Dominique Salloum. Cette œuvre frappe par son ambition et sa singularité. Une musique construite, pensée, habitée. Qui ne cherche pas à séduire. Qui dit quelque chose de frontal, parfois dur, mais nécessaire.
Ce concerto parle du Liban du début à la fin. Le premier mouvement : un thème et variations autour de Paganini, traversé par l’hymne national libanais. Le deuxième mouvement – « Déni aux funérailles de l’hymne libanais… » – est un point de bascule. Il reprend directement le matériau du deuxième mouvement de la symphonie Koullouna (deuxième symphonie de Dominique Salloum) où l’hymne national libanais est porté comme une marche funèbre.
Mais ici, le discours change. Ce n’est plus seulement une marche funèbre. C’est un refus.
Un déni porté par le piano soliste lui-même, qui conduit la cérémonie comme s’il refusait le deuil.
C’est violent. Intérieur. Humain.
Le troisième mouvement du Concerto libanais – « Sur la route d’un émigré » – est d’une autre nature. C’est l’exil. Le départ. L’artiste arraché à son pays.
Et là, quelque chose se referme : le concerto devient un récit complet du Liban contemporain, dans sa douleur, sa mémoire, et son départ forcé.
Je le dis simplement : cette œuvre doit être jouée, en particulier dans le contexte actuel que traverse le Liban.
Je souhaite m’engager personnellement pour la défendre et la jouer, pleinement.
Et idéalement, la présenter dans une programmation qui ferait sens avec la symphonie Koullouna de Dominique Salloum. Cette symphonie éclaire le concerto. Elle en est le socle. On y retrouve la même matière, la même mémoire du Liban.
Et dans son troisième mouvement – Fate of Faith – (3e mouvement de la symphonie Koullouna), on y retrouve l’appel à la prière des trois grandes religions qui ont longtemps cohabité au Liban, dans une forme d’équilibre et de dialogue.
Ce n’est pas un geste décoratif.
C’est une vision.
Un pays et une région, tenus ensemble par ce qui les dépasse.
Je crois qu’il serait juste, fort, et musicalement cohérent de penser ces deux œuvres ensemble. Le concerto et la symphonie. Comme un seul cycle.
Je suis prêt à porter ce projet. À le jouer en France et ailleurs, plusieurs fois si possible, avec les orchestres qui pourront s’y engager et l’enregistrer avec moi. Et si les conditions le permettent, à le jouer aussi au Liban, à Baalbek. Je garde un souvenir très fort de ce lieu, et je crois profondément que cette musique doit y revenir.
Ce projet n’est pas seulement un projet de concert.
C’est un geste pour un pays.
Pour une mémoire.
Pour une musique qui refuse de disparaître…
Frank Braley
À propos de Frank Braley
Frank Braley est l’un des pianistes français les plus reconnus de sa génération. Lauréat du Concours Reine Elisabeth en 1991, il a collaboré avec les plus grands orchestres et chefs européens. Son engagement pour le Concerto libanais marque une étape importante dans la diffusion internationale de l’œuvre de Dominique Salloum.