« Concerto libanais »
« Concerto libanais », opus 10 en do mineur
- Concerto pour piano et orchestre
- 3 mouvements
- Formation : Piano et grand orchestre de chambre
- 35 minutes
- Année de composition : 2023
3e mvt (« Sur la route d’un émigré) dédié « À moi-même »
Lettre ouverte de Frank Braley (10 avril 2026)
Présentation de l'œuvre
Le premier mouvement propose des variations sur un thème de Paganini, qui rendent hommage aux musiques d’Occident ayant façonné dans sa jeunesse la mémoire musicale du compositeur, tout en y affirmant une identité orientale bien libanaise, avec utilisation du quart de ton et détournement du thème de Paganini, tantôt en dabke, tantôt en hymne libanais.
Le deuxième mouvement oppose le piano à une marche funèbre portée par l’orchestre, que le soliste refuse, dans un geste de déni face à la mort qui s’avance.
Le troisième mouvement, « Sur la route d’un émigré », que le compositeur se dédie à lui-même, évoque l’exil et le sentiment d’appartenance universelle qui en découle, où l’artiste n’est plus chez lui nulle part, tout en l’étant partout à la fois.
Lettre ouverte de Frank Braley (10 avril 2026)
Je, soussigné Frank Braley, né le 4 octobre 1968 à Corbeil-Essonne, pianiste français, Premier Grand Prix et Prix du Public du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique (1991), souhaite exprimer ce qui suit :
J’ai récemment découvert le « Concerto libanais » de mon ami compositeur Dominique Salloum. Cette œuvre frappe par son ambition et sa singularité. Une musique construite, pensée, habitée. Qui ne cherche pas à séduire. Qui dit quelque chose de frontal, parfois dur, mais nécessaire.
Ce concerto parle du Liban du début à la fin. Le premier mouvement : un thème et variations autour de Paganini, traversé par l’hymne national libanais. Le deuxième mouvement – « Déni aux funérailles de l’hymne libanais… » – est un point de bascule. Il reprend directement le matériau du deuxième mouvement de la symphonie Koullouna (deuxième symphonie de Dominique Salloum) où l’hymne national libanais est porté comme une marche funèbre.
Mais ici, le discours change. Ce n’est plus seulement une marche funèbre. C’est un refus.
Un déni porté par le piano soliste lui-même, qui conduit la cérémonie comme s’il refusait le deuil.
C’est violent. Intérieur. Humain.
Le troisième mouvement du Concerto libanais – « Sur la route d’un émigré » – est d’une autre nature. C’est l’exil. Le départ. L’artiste arraché à son pays.
Et là, quelque chose se referme : le concerto devient un récit complet du Liban contemporain, dans sa douleur, sa mémoire, et son départ forcé.
Je le dis simplement : cette œuvre doit être jouée, en particulier dans le contexte actuel que traverse le Liban.
Je souhaite m’engager personnellement pour la défendre et la jouer, pleinement.
Et idéalement, la présenter dans une programmation qui ferait sens avec la symphonie Koullouna de Dominique Salloum. Cette symphonie éclaire le concerto. Elle en est le socle. On y retrouve la même matière, la même mémoire du Liban.
Et dans son troisième mouvement – Fate of Faith – (3e mouvement de la symphonie Koullouna), on y retrouve l’appel à la prière des trois grandes religions qui ont longtemps cohabité au Liban, dans une forme d’équilibre et de dialogue.
Ce n’est pas un geste décoratif.
C’est une vision.
Un pays et une région, tenus ensemble par ce qui les dépasse.
Je crois qu’il serait juste, fort, et musicalement cohérent de penser ces deux œuvres ensemble. Le concerto et la symphonie. Comme un seul cycle.
Je suis prêt à porter ce projet. À le jouer en France et ailleurs, plusieurs fois si possible, avec les orchestres qui pourront s’y engager et l’enregistrer avec moi. Et si les conditions le permettent, à le jouer aussi au Liban, à Baalbek. Je garde un souvenir très fort de ce lieu, et je crois profondément que cette musique doit y revenir.
Ce projet n’est pas seulement un projet de concert.
C’est un geste pour un pays.
Pour une mémoire.
Pour une musique qui refuse de disparaître…
Frank Braley
3 mouvements
1er mouvement : Thème et Variations sur un thème de Paganini
Chaque variation ouvre alors un espace de mémoire et de fracture :
Des résonances de Rachmaninov, Tchaïkovski, Bach, Beethoven, Bartók, Khatchaturian et Prokofiev affleurent, non comme citations, mais comme des hommages rendus par l’artiste, et auxquels répondent des mélodies orientales aux lignes courbes, portées par le quart de ton.
L’œuvre est rythmique, ancienne, inéluctable. On y retrouve le Dies Irae (thème du destin), mais aussi un flexatone vibrant, utilisé comme un instrument mélodique tel une scie musicale, qui traverse les cœurs et donne à ce mouvement une dimension lyrique absolument unique…
2ème mouvement : Déni aux funérailles de l’hymne libanais
« Il avance, lentement, dans un déni total de la mort qui se rappelle à lui avec ses petits grelots.
C’est un survivant…
Son chant est libre, rythmé par les battements de son cœur,
Une foule le suit, en silence… Il est seul…
Il mène une marche, funèbre, mais qu’il ne reconnaît pas… »
Dominique Salloum
3ème mouvement : Sur la route d’un émigré
« Le long de ses pérégrinations, le mélange des cultures en a créé une autre…
Sur sa route jonchée de peines et de joies, entre rêve et réalité, sa musique prend à présent racine en lui, oubliant toutes les frontières…
À moi-même… »
Dominique Salloum
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